Chapitre 1: Ana (partie 1)

Chapitre 1: Ana (partie 1)
Ana aspira une grande goulée d'air. Sa tête émergea hors de l'eau, et elle crachota. Elle s'agrippa à la bouée de sauvetage et se hissa dessus. La bouée s'enfonça de quelques centimètres sous le poids de la jeune fille, qui n'était pourtant pas lourde pour son âge, et Ana si accrocha. Elle comprenait maintenant le proverbe: « s'accrocher à la bouée de sauvetage comme à sa vie » ou quelque chose comme ça... Elle respirait difficilement, elle avait avalé trop d'eau, pendant les longues minutes d'inconscience qu'elle avait passées sous l'eau. Elle se domina et regarda au loin. Un navire s'éloignait. Les larmes lui montèrent aux yeux. Comment se faisait-il que la tempête l'ait jetée elle par-dessus le bastingage et pas une autre? Elle savait très bien que, en pensant cela, elle était très égoïste, mais elle ne pouvait s'en empêcher.
Soudain, les vagues firent moins de remous, le soleil fit une percée dans les nuages épais. Il éclaira le visage baignée de larmes et d'eau de mer d'Ana. Un cri retentit au loin:
- ANA!
- KOS!
Ana pleurait de plus belle.
- KOS! hurla-t-elle encore, secouée de sanglots.
Kos était son frère jumeau. Il était brun, les yeux noirs et rieurs, mais Ana imaginait à cet instant des yeux noirs baignés de larmes et le visage rouge. Kos et Ana étaient âgés de six ans, et ils s'aimaient énormément. Ils avaient également une petite s½ur, qui était un petit ange, mais leur mère lui avait donné naissance trois jours avant sa mort. C'était un miracle que la petite ait survécu. Elle n'avait pas encore de nom. Leurs parents étaient morts deux ans avant qu'ils s'engagent dans le T'approches pas, un navire marchand, qui avait été attaqué par des pirates. Quand les deux petits et le bébé étaient montés pour la première fois sur le bateau, il s'appelait le Mary Mar, et appartenait à deux riches marchands qui vendaient des tapis. Mais un bateau en loques les avaient attaqués, et l'apparence dudit navire était trompeuse. Des pirates en pleine possession de leurs moyens les avaient attaqués et jetés les tapis à la mer. Le capitaine avait été assassiné, et on avait demandé aux enfants s'ils voulaient rejoindre l'équipage ou être jetés par-dessus bord. Ana, qui avait un naturel caractère emporté et hargneux, avait répondu:
« - Jamais! Je préférerais mourir! »
Et Kos était intervenu:
« - Arrête, Ana, tu veux vraiment finir noyée? »
Ana lui avait jeté un regard de défi mais avait baissé la tête en signe de soumission.
Ana était en larmes. Elle allait finalement mourir noyée. Elle se le répétait encore: pourquoi elle? Elle avait laissé Kos tout seul s'occuper de la petite...
***

# Posté le jeudi 06 décembre 2007 13:36

Modifié le samedi 15 décembre 2007 12:05

Chapitre 1: Ana (partie 2)

Chapitre 1: Ana (partie 2)
Une jeune louve s'approcha de la mer. Son museau pointu reniflait l'air avec avidité. Elle sentait le sang battant dans les veines. Mais ce sang était toujours sur cette eau maudite. La louve avait peur de l'eau. Elle y trempa une patte, mais la retira en frissonnant. Une chose sur l'étendue d'eau attira son regard. C'était une chose rouge, rayée de blanc. Une forme sombre et mouillée était allongée dessus. La louve sourit intérieurement. C'était ça, la chose qui avait du sang. Courageusement, elle sauta dans l'eau. Rapidement, elle n'eut plus pattes. Elle nagea néanmoins vers la chose et l'attrapa avec sa forte mâchoire. Le truc rouge et blanc explosa. La louve secoua la tête. Allons bon! Si les dîners se révoltaient, où allait le monde! L'humaine sur le boudin explosant-flottant-qui-ne-flottait-plus coulait. La louve l'attrapa par le col d'une longue chose noire et se mit à nager désespérément vers la rive. Elle venait d'avoir une couvée de petit et elle devait les nourrir. Les nourrir à la viande après le lait. La jeune louve atteignit finalement la rive, et, dégoulinante, et y posa sa proie. Elle s'éloigna de quelques mètres et s'ébroua.
Une gerbe d'eau jetée sur le visage d'Ana la réveilla. Elle grogna:
- Oui, c'est bon, j'arrive, je vais travailler, arrête, Kos...
Elle ouvrit les yeux. Un museau gris était penché sur elle. Ana roula sur elle-même, paniquée, et se releva d'un même mouvement. Elle vit la louve noire et trempée la regarder avec un regard curieux. Ana porta machinalement la main à son côté droit et remarqua avec un effroi grandissant que son sabre n'était plus là. Il avait dû sombrer, quand elle était tombée à la mer. Elle recula d'un pas, la louve se rapprocha. Elle recula encore, la louve s'approcha de nouveau. Ana se retourna et se mit à courir.
La louve se ramassa sur elle-même et sauta sur la jeune humaine. Celle-ci hurla et empoigna la louve. S'ensuit une grande mêlée faite de poils, de bras, de mâchoires et de hurlements...de rire. Ana riait. La louve, malencontreusement, n'arrêtait pas de la chatouiller. Celle-ci s'éloigna de quelques pas et la regarda, curieuse. Elle grogna.
- Tu as faim, hein? demanda Ana, et tu veux me manger. Mais tu sais, si je me fabrique un arc et des flèches, je sortirais pour toi chasser en hiver.
Et là, la louve acquiesça. Elle émit de nouveau un bruit sourd. Ana comprit ce qu'elle disait. Elle parlait aux loups.
- Oui, tu es d'accord, hein? Mais il faut que je me sèche, que je me repose un peu...
La louve se rapprocha et attrapa un bout de son pantalon et tira. La petite fille comprit et suivit l'animal qui se déplaçait avec agilité entre les arbres et les fourrés. Ana la suivit, ramassant ça et là quelques morceaux de bois pour faire un feu, ainsi que deux pierres. La louve la mena à une grotte. Dans celle-ci, un concert de cris et de grognements étouffés se faisaient entendre. La fillette de six ans s'approcha timidement et découvrit avec émerveillement quelques louveteaux. Un petit tout noir au museau blanc courut vers Ana et lui sauta dessus, faisant tomber le bois et les pierres. Il lui mordilla gentiment les doigts, et la petite éclata de rire. Elle caressa le louveteau et demanda gentiment à la mère:
- J'ai le droit de leur donner un nom?
La louve bâilla longuement et Ana prit ça pour un « oui ». Elle regarda le bébé loup noir dit, émue:
- Je te baptiserais Kos, en honneur à mon frère que je ne reverrai sans doute jamais...
Elle le déposa à terre et Kos la suivit quand elle se dirigea vers le lit de feuille où reposait d'autres petits loups. Il y en avait un, tout le contraire de Kos, était tout blanc au museau légèrement gris. Elle lui demanda cérémonieusement:
- Est-ce que Neige Éternelle te va?
Après vérification, Ana sut que c'était une femelle. Donc, Neige Éternelle lui allait très bien. Elle regarda le dernier petit et son c½ur flancha. C'était le plus petit des trois, tout gris, aux yeux couleur du soleil. Ana remarqua également que, dans son ½il gauche, de petites étoiles noires dansaient dans l'iris. C'était un mâle, et Ana sut tout naturellement quel nom lui donner.
- Loup.
Le petit remua la queue frénétiquement et aboya. Ana sourit, et lui caressa la tête. Elle se retourna ensuite vers la mère, et observa sa fourrure noire, son museau gris et l'appela « Sauvage ». Cela lui allait parfaitement. Ana reprit son fagot de bois et assembla le tout. Elle frotta les pierres ensembles et lesdites pierres émirent une étincelle. Puis deux, puis trois, et enfin, le petit bûcher s'embrasa. Ana sourit. La louve s'allongea près du feu naissant et les louveteaux s'approchèrent pour téter. Seul le petit Loup se coucha près d'Ana et grogna. La petite comprit qu'il disait: « Tu es jeune, mais je prédis que tu nous sauveras, alors, ne t'inquiète pas. Je veille sur toi. » Ana faillit rire, mais, par respect pour la boule de poils, elle se contint. Comme si un petit loup, pouvait veiller sur elle? Ana avait besoin de son frère. Seulement lui. Loup la délaissa pour son dîner. Elle regarda les loups avec un ½il éteint. Les heures passèrent, et elle s'endormit, pensant à son frère, au navire... Avant de sombrer dans le sommeil, elle toucha machinalement une chaîne d'argent qui était à son pied droit. C'était un cadeau de sa mère. Ana n'eut pas le temps de retirer la main de son pied que ses yeux se fermèrent, direction sommeil agité.

# Posté le jeudi 06 décembre 2007 13:42

Modifié le vendredi 07 décembre 2007 16:20

Chapitre 1: Ana (partie 3)

Chapitre 1: Ana (partie 3)
Sept ans plus tard, une superbe jeune fille chassait. La neige qui tombait sur ses épaules contrastait avec sa peau mate et ses cheveux noirs de jais. Ses yeux bruns quêtaient du regard la biche que la fille chassait depuis plus de deux heures. Une longue tunique de cuir tannée lui descendaient sous les hanches, et un pagne de cuir également ceignait sa taille. Cette fille n'avait pas de nom. Elle en avait eu un, mais elle l'a oublié avec les années. Un arc était accroché à son épaule, et un poignard pendait à sa ceinture. Ses pieds nus, pleins d'éraflures, foulaient le sol avec rapidité. À sa cheville dansait une petite chaîne d'argent. De nombreuses cicatrices zébraient sa peau. Certaines avaient été grave, sur le moment, et maintenant, la jeune chasseuse ne s'en souciait plus. Il n'y en avait qu'une, qu'elle vénérait littéralement, pour le combat acharné qui avait failli la tuer.
Un sanglier était passé par là, un été, et la jeune fille n'avait pas résisté à l'envie de le voir mort, de le donner à manger à la vieille louve, Sauvage, et ses petits, qui n'étaient plus si petits, et qui avaient chacun leur grottes, et leurs compagnes, et, pour Kos, des petits magnifiques. La jeune fille avait alors attaqué, au corps à corps, folle qu'elle était. Le sanglier, furieux de cette hérésie, l'a embroché dans le ventre avant de mourir, par le poignard de la combattante. Celle-ci s'était écroulée, se tenant le ventre. Elle avait hurlé à la manière des loups et quelques secondes plus tard, Sauvage était arrivée. Elle avait léché la blessure, et la jeune fille l'avait pansé en grimaçant de douleur. Et maintenant, la fille n'en avait cure, de cette cicatrice, qui lui avait causée tant de souffrances.
L'adolescente sentit soudain une présence. Elle se retourna, l'arc tendu, une flèche déjà encochée. Une petite fille, était là. Elle pleurait silencieusement. Ses cheveux étaient châtains très clair et très emmêlés, et ses yeux gris foncés. Son petit menton pointu tremblotait sous la force des sanglots. Elle portait une petite robe verte, avec quelques froufrous roses. Son majeur et son annulaire étaient enserrés par une fine couche de cuir, qui se prolongeait sur la paume et qui finissait attachée au poignet. L'inconnue demanda:
- Qui... qui es-tu?
L'inconnue reçut les mots avec force. C'était la première fois qu'elle voyait un être humain, depuis ses six ans. Leur langage primitif lui revint. Elle répondit:
- Je n'ai pas de nom. Et toi?
- Je suis Ange. J'ai le droit de t'appeler Akheane? C'était le prénom de ma s½ur. Enfin, le surnom, m'a dit mon frère.
Akheane... La jeune fille ressentit le besoin immense de prendre la petite dans ses bras. Elle semblait si proche... si familière... pourtant, la jeune chasseuse s'en refusa. Ce prénom, Akheane, faisait un certain tilt dans son esprit. Elle l'avait déjà entendu quelque part... Elle dit:
- Akheane me va très bien, Ange. Quel âge as-tu?
- J'ai sept ans. Et j'ai perdu mon grand frèèèèèèèèèèère!!!!!
Elle avait hurlé ce mot en pleurant. Elle y tenait, à son frère, la petite.
- Si tu veux, je peux être ta nouvelle famille, ta grande s½ur, proposa Akheane. J'habite chez une louve.
Ange eut un mouvement de recul.
- Une louve? s'exclama-t-elle, mais tu es malade! Elle va te manger!
Akheane sourit.
- Non, bien sûr que non. C'est ma... comment dis-tu? Ah oui, c'est ma protecteuse. Depuis que j'ai six ans.
- Protectrice, rectifia Ange.
- Quoi?
- On dit pas protecteuse, mais protectrice.
Akheane acquiesça. Elle remit son arc dans le dos, et sa flèche dans le carquois. Elle prit la main de la petite, et marcha à grands pas vers la grotte.
***

# Posté le jeudi 06 décembre 2007 13:45

Chapitre 1: Ana (partie 4)

Chapitre 1: Ana (partie 4)
Akheane apprenait à Ange le nom des fils de Sauvage, en visitant leurs tanières. Elle alla directement vers la grotte de Neige Éternelle, car elle savait que celle-ci serait extrêmement gentille avec Ange. Neige était la meilleure amie d'Akheane. Quand Ange vit pour la première fois la louve blanche, elle poussa un cri d'émerveillement.
- Qu'elle est belle! Comprends-elle ce que je dis?
- Non. Avant, oui, mais j'ai appris le langage des loups, et elle n'a plus besoin de celui, rudimentar, des hommes.
- Rudimentaire, corrigea une nouvelle fois Ange. Tu peux lui dire que je la trouve magnifique?
Sans répondre, Akheane fit des bruits de gorges, et de petits aboiements, suivis par de longs hurlements. Neige Éternelle se rengorgea. Un de ses petits l'appela, et elle laissa Akheane et Ange dans leur émerveillement. Ange prit Akheane par la main et tira en disant:
- Je veux voir Loup!
L'enfant était surexcitée et Akheane hésita. Loup était son compagnon de chasse, et son ami fidèle. Il ne supporterait pas une gamine qui lui tourne autour et touche sa fourrure douce comme Akheane ne pouvait s'en empêcher à chaque fois qu'elle le voyait. Il allait déchiqueter la pauvre Ange.
- Non, dit-elle, allons voir l'autre. Loup n'aime pas les étrangers, mes amis ou pas.
Des larmes remplirent les yeux de la fillette et la jeune chasseresse sentit que, quand elle était avec son frère, celui-ci lui accordait tout, et qu'elle n'était pas habituée à ce qu'on lui dise non. Mais la jeune fille n'en prit pas garde. Elle prit Ange par le bras et dit:
- Tu veux quoi?,Finir la visite ou voir Kos?
- Voir qui? hurla Ange, les yeux exorbités.
- Ben, Kos, répondit Akheane, déconcertée.
- Mais c'est mon frère!
- Quoi? Nous avons un point commun, petite demoiselle, fit Akheane en riant, car mon frère s'appelait Kos aussi!
La petite ne dit rien. Une idée commençait à germer dans son esprit fertile.
- Dis-moi, tu as quel âge?
- Treize ans pourquoi?
- Parce que, il y a sept ans, m'a raconté mon frère, sa s½ur, Ana, est tombée par-dessus bord d'un navire pirate. Il ne l'a jamais retrouvée.
Akheane était foudroyée.
- Comment es-tu arrivée sur cette île? Demanda encore la petite.
- J'y suis arrivée il y a sept ans... en passant par-dessus bord du T'approche pas.
- N'avais-tu pas une s½ur? Toute petite?
- Si...
Akheane-Ana éclata en sanglots. Elle s'agenouilla par terre, dans la neige, et pleura toute les larmes de son corps, ne voyant plus rien. Ainsi, Ange était sa s½ur... elle s'appelait Ana... Elle entendit Ange pousser un cri de frayeur et tomber lourdement en arrière. Toute à son nouveau rôle de grande s½ur, elle sécha ses larmes et regarda. Un loup gris se tenait sur la fillette, et menaçait de lui arracher un bras, les babines retroussées. Dans ses yeux dorés dansaient de petites étoiles noires.
- Arrête, Loup!
Le loup grogna et, à contrecoeur, s'éloigna de sa proie, et regarda Akheane d'un air interrogateur. Celle-ci lui expliqua en langage loup que c'était sa s½ur. Contrit, Loup baissa la tête et lécha la main d'Akheane, puis, celle d'Ange. Akheane passa chaleureusement la main dans la fourrure chaude d'hiver de son meilleur ami. Il émit un grognement bref et sauta sur elle. S'ensuit une mêlée de rire, d'aboiement, de poils et de bras.
Ange regardait Loup et Akheane jouer avec envie. Elle aussi voulait avoir un ami. Loup s'écarta enfin d'Akheane pour sauter sur Ange et lui lécher le visage comme si sa vie en dépendait. Ange comprit à ce moment là qu'elle avait trouvé sa famille. Il ne manquait que son frère.

# Posté le samedi 08 décembre 2007 05:09

Modifié le samedi 08 décembre 2007 05:37

Chapitre 1: Ana (partie 5)

Chapitre 1: Ana (partie 5)
Ange marchait lentement. Une corde dérobée à un voyageur lui ceignait le poignet, et l'autre extrémité formait un lasso. Un cheval bai, devant elle, broutait l'herbe.
Sans faire exprès, Ange marcha sur une feuille morte et celle-ci craqua. Le cheval leva la tête et aperçut l'enfant. Il détala. Ange poussa un juron et se mit à courir, plus vite que le vent. Le cheval galopait, Ange se faisait distancer. Dans un élan désespéré elle lança le lasso. Il s'enroula autour du cou du cheval, qui ne pouvait plus courir. Ange ressentit une brusque secousse et tomba. Le cheval s'était immobilisé, acceptant son destin. Ange se releva difficilement et tâta précautionneusement et exagérément sa cuisse gauche.
- Un bleu, constata-t-elle, tant pis. Ça en fait un de plus pour ma collection.
Elle s'approcha précautionneusement du cheval. Six mois passés avec Akheane l'avait rendue plus forte, plus mûre. Elle avait appris rapidement le langage loup, et voulait un cheval. Akheane l'avait prévenue que c'était en mai que les chevaux sauvages revenaient. Et mai était arrivé devant une Ange trépignant d'impatience. Ange posa sa main sur l'encolure du cheval. Il frémit. Elle passa la main sur le garrot, et prit appui. Elle se hissa sur le dos du cheval, qui ne broncha pas. Ange avait vraiment un don avec les chevaux... Ange attacha la corde sous les naseaux, et pressa les talons contre les flancs de l'animal. Il se mit en marche. La petite fille sourit. Elle lui tapota l'encolure. Mais, à ce geste, le cheval s'emballa. Il rua, et se cabra. Ange se tenait à la crinière, son c½ur battait à tout rompre. Elle allait mourir! Si le cheval se cabrait trop, il allait tomber en arrière, et l'écraser. Dans un élan de courage, Ange sauta. Elle tomba lourdement à terre et le cheval bai s'enfuit en hennissant. Ange se maudit d'avoir eu ce geste déplacé pour un cheval sauvage. Elle se releva et regarda son bras et sa jambe.
- À ce rythme là, maugréa-t-elle en apercevant les bleus, je vais devenir entièrement violette!
Elle secoua ses cheveux bruns qui volèrent autour de son visage. Ses yeux étincelaient. Elle n'allait pas lâcher pour une simple chute. Elle voulait un cheval, elle voulait l'élever et l'offrir à Akheane. Elle se rendit alors compte que la corde était restée sur l'encolure de l'animal. Elle sourit. Le retrouver serait facile. Elle se mit alors en marche.
Akheane plongea les mains dans l'estomac du chevreuil qu'elle venait de tuer. Elle en retira son foie et le lança à Sauvage qui le happa goulûment. Akheane laissa le chevreuil là, et fit un feu. Une étincelle jaillit immédiatement une fois qu'elle eut frotté les deux silex l'un contre l'autre. Le bois s'embrasa et Akheane planta un morceau de chevreuil sur un bâton et le suspendit au dessus du feu. Il serait sûrement prêt quand Ange reviendra. Elle soupira. Sa jeune s½ur était encore allée chercher un cheval convenable. Cela faisait déjà trois heures qu'elle était partie.
Un bruit de sabot lui fit relever la tête de sa broche de chevreuil. Une enfant se tenait bien droite sur un cheval bai docile.
- Akhée! cria l'enfant.
- Oh, Ange... Il est superbe!
Ange descendit de sa monture et tendit cérémonieusement la longe improvisée à Akheane.
- J'ai mis une heure à l'attraper, et deux heures à l'entraîner. Il est pour toi.
- Hein? Seulement deux heures, s'étonna Akheane, mais ce n'est pas possible de dresser un cheval en deux heures!
- Non, il est vrai, acquiesça Ange en souriant, mais je lui ai juste appris à accepter un cavalier et à apprécier les caresses, et aussi aux pressions de la jambe pour aller plus vite.
Akheane était très émue. Elle sortit la broche du feu et la présenta à Ange:
- Tu l'as bien mérité! Je vais de ce pas construire un enclos à... Neval.
- Tu ne manges pas?
- Non. Pas le temps! cria Akheane en se dirigeant vers une clairière, je mangerais plus tard!
Ange sourit. C'était bien Akheane, de profiter de l'instant présent comme si elle allait mourir dans la seconde. Ange mordit dans la broche.

# Posté le samedi 08 décembre 2007 09:26

Modifié le samedi 08 décembre 2007 09:59