Une jeune louve s'approcha de la mer. Son museau pointu reniflait l'air avec avidité. Elle sentait le sang battant dans les veines. Mais ce sang était toujours sur cette eau maudite. La louve avait peur de l'eau. Elle y trempa une patte, mais la retira en frissonnant. Une chose sur l'étendue d'eau attira son regard. C'était une chose rouge, rayée de blanc. Une forme sombre et mouillée était allongée dessus. La louve sourit intérieurement. C'était ça, la chose qui avait du sang. Courageusement, elle sauta dans l'eau. Rapidement, elle n'eut plus pattes. Elle nagea néanmoins vers la chose et l'attrapa avec sa forte mâchoire. Le truc rouge et blanc explosa. La louve secoua la tête. Allons bon! Si les dîners se révoltaient, où allait le monde! L'humaine sur le boudin explosant-flottant-qui-ne-flottait-plus coulait. La louve l'attrapa par le col d'une longue chose noire et se mit à nager désespérément vers la rive. Elle venait d'avoir une couvée de petit et elle devait les nourrir. Les nourrir à la viande après le lait. La jeune louve atteignit finalement la rive, et, dégoulinante, et y posa sa proie. Elle s'éloigna de quelques mètres et s'ébroua.
Une gerbe d'eau jetée sur le visage d'Ana la réveilla. Elle grogna:
- Oui, c'est bon, j'arrive, je vais travailler, arrête, Kos...
Elle ouvrit les yeux. Un museau gris était penché sur elle. Ana roula sur elle-même, paniquée, et se releva d'un même mouvement. Elle vit la louve noire et trempée la regarder avec un regard curieux. Ana porta machinalement la main à son côté droit et remarqua avec un effroi grandissant que son sabre n'était plus là. Il avait dû sombrer, quand elle était tombée à la mer. Elle recula d'un pas, la louve se rapprocha. Elle recula encore, la louve s'approcha de nouveau. Ana se retourna et se mit à courir.
La louve se ramassa sur elle-même et sauta sur la jeune humaine. Celle-ci hurla et empoigna la louve. S'ensuit une grande mêlée faite de poils, de bras, de mâchoires et de hurlements...de rire. Ana riait. La louve, malencontreusement, n'arrêtait pas de la chatouiller. Celle-ci s'éloigna de quelques pas et la regarda, curieuse. Elle grogna.
- Tu as faim, hein? demanda Ana, et tu veux me manger. Mais tu sais, si je me fabrique un arc et des flèches, je sortirais pour toi chasser en hiver.
Et là, la louve acquiesça. Elle émit de nouveau un bruit sourd. Ana comprit ce qu'elle disait. Elle parlait aux loups.
- Oui, tu es d'accord, hein? Mais il faut que je me sèche, que je me repose un peu...
La louve se rapprocha et attrapa un bout de son pantalon et tira. La petite fille comprit et suivit l'animal qui se déplaçait avec agilité entre les arbres et les fourrés. Ana la suivit, ramassant ça et là quelques morceaux de bois pour faire un feu, ainsi que deux pierres. La louve la mena à une grotte. Dans celle-ci, un concert de cris et de grognements étouffés se faisaient entendre. La fillette de six ans s'approcha timidement et découvrit avec émerveillement quelques louveteaux. Un petit tout noir au museau blanc courut vers Ana et lui sauta dessus, faisant tomber le bois et les pierres. Il lui mordilla gentiment les doigts, et la petite éclata de rire. Elle caressa le louveteau et demanda gentiment à la mère:
- J'ai le droit de leur donner un nom?
La louve bâilla longuement et Ana prit ça pour un « oui ». Elle regarda le bébé loup noir dit, émue:
- Je te baptiserais Kos, en honneur à mon frère que je ne reverrai sans doute jamais...
Elle le déposa à terre et Kos la suivit quand elle se dirigea vers le lit de feuille où reposait d'autres petits loups. Il y en avait un, tout le contraire de Kos, était tout blanc au museau légèrement gris. Elle lui demanda cérémonieusement:
- Est-ce que Neige Éternelle te va?
Après vérification, Ana sut que c'était une femelle. Donc, Neige Éternelle lui allait très bien. Elle regarda le dernier petit et son c½ur flancha. C'était le plus petit des trois, tout gris, aux yeux couleur du soleil. Ana remarqua également que, dans son ½il gauche, de petites étoiles noires dansaient dans l'iris. C'était un mâle, et Ana sut tout naturellement quel nom lui donner.
- Loup.
Le petit remua la queue frénétiquement et aboya. Ana sourit, et lui caressa la tête. Elle se retourna ensuite vers la mère, et observa sa fourrure noire, son museau gris et l'appela « Sauvage ». Cela lui allait parfaitement. Ana reprit son fagot de bois et assembla le tout. Elle frotta les pierres ensembles et lesdites pierres émirent une étincelle. Puis deux, puis trois, et enfin, le petit bûcher s'embrasa. Ana sourit. La louve s'allongea près du feu naissant et les louveteaux s'approchèrent pour téter. Seul le petit Loup se coucha près d'Ana et grogna. La petite comprit qu'il disait: « Tu es jeune, mais je prédis que tu nous sauveras, alors, ne t'inquiète pas. Je veille sur toi. » Ana faillit rire, mais, par respect pour la boule de poils, elle se contint. Comme si un petit loup, pouvait veiller sur elle? Ana avait besoin de son frère. Seulement lui. Loup la délaissa pour son dîner. Elle regarda les loups avec un ½il éteint. Les heures passèrent, et elle s'endormit, pensant à son frère, au navire... Avant de sombrer dans le sommeil, elle toucha machinalement une chaîne d'argent qui était à son pied droit. C'était un cadeau de sa mère. Ana n'eut pas le temps de retirer la main de son pied que ses yeux se fermèrent, direction sommeil agité.